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Clauses abusives et rétractation en construction : Analyse de l’arrêt du 6 mai 2015

Le 02 juin 2015
Clauses abusives et rétractation en construction : Analyse de l’arrêt du 6 mai 2015
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1. Résumé succinct

Contexte :

Parties impliquées : M. et Mme X... (maîtres d’ouvrage) contre la société AST (constructeur).
Juridiction concernée : Cour de cassation, Troisième Chambre Civile.
Nature du litige : Contestation des modalités de réception d’un ouvrage et du droit de rétractation des maîtres d’ouvrage dans le cadre d’un contrat de construction de maison individuelle.

Impact principal : Cette décision clarifie les limites légales des clauses contractuelles imposant des définitions extensives de la réception des ouvrages, tout en réaffirmant l’obligation stricte de respecter les modalités légales de notification des contrats dans le cadre de la construction de maisons individuelles.


2. Analyse détaillée

Les faits : M. et Mme X... ont conclu avec la société AST un contrat de construction de maison individuelle. Le contrat incluait une clause stipulant que toute prise de possession de la maison avant la rédaction d’un procès-verbal de réception signé par les deux parties équivalait à une réception tacite sans réserve. Après expertise, M. et Mme X... ont contesté cette clause et exercé leur droit de rétractation, arguant que les conditions légales de notification du contrat n’avaient pas été respectées.

La procédure :

Première instance : La société AST a demandé la reconnaissance d’une réception tacite et la condamnation des maîtres d’ouvrage au paiement des sommes dues. Le tribunal a rejeté cette demande et déclaré la clause non écrite.
Cour d’appel de Montpellier (27 juin 2013) : La cour a confirmé l’annulation de la clause litigieuse et accepté la rétractation des maîtres d’ouvrage, annulant ainsi le contrat.
Pourvoi en cassation : La société AST a contesté ces décisions, soutenant la validité de la clause et rejetant la recevabilité de la rétractation.

Le contenu de la décision :

Arguments des parties :

Société AST : Faisait valoir la licéité de la clause de réception tacite et contestait la validité de la rétractation.
M. et Mme X... : Argumentaient que la clause créait un déséquilibre significatif et que la notification du contrat ne respectait pas les exigences légales, justifiant leur rétractation.


Raisonnement juridique de la Cour :

La Cour a considéré que la clause imposant une réception tacite « sans réserve » était abusive, car elle privait les maîtres d’ouvrage de leurs droits légaux, notamment du délai de huit jours pour signaler des désordres apparents.

Concernant la rétractation, la Cour a estimé que la remise en main propre du contrat ne satisfaisait pas les exigences de notification équivalentes à un recommandé avec accusé de réception, empêchant ainsi le déclenchement du délai de rétractation.

Solution retenue :La Cour de cassation a confirmé l’annulation de la clause de réception tacite, mais a cassé la décision d’appel sur la recevabilité de la rétractation, estimant que les juges avaient modifié l’objet du litige en statuant sur une demande subsidiaire alors qu’ils avaient déjà accordé la demande principale.

3. Références et articles juridiques
Référence de la décision :
Cour de cassation, Chambre civile 3, 6 mai 2015, n° 13-24.947, Publié au bulletin

Textes juridiques appliqués :

Article L. 231-8 du Code de la construction et de l’habitation :
Le maître d’ouvrage peut dénoncer dans les huit jours suivant la réception les vices apparents non signalés.

Article L. 271-1 du Code de la construction et de l’habitation :
Notification du contrat par lettre recommandée avec accusé de réception ou tout moyen équivalent.

Article 1134 du Code civil (ancien) :
Les conventions tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites.


4. Analyse juridique approfondie

Raisonnement juridique :

La Cour a mis l’accent sur la nécessité de respecter les dispositions impératives du Code de la construction et de l’habitation, notamment en matière de notification et de droits du maître d’ouvrage. Elle a aussi réaffirmé la nullité des clauses contractuelles créant un déséquilibre significatif entre les parties dans les contrats conclus avec des non-professionnels.

Conséquences juridiques :

Impact sur la jurisprudence : Cette décision renforce la protection des consommateurs dans les contrats de construction, en limitant les clauses abusives et en imposant des standards stricts de notification.

Évolution des pratiques : Les constructeurs devront revoir leurs contrats pour éviter les clauses susceptibles d’être réputées non écrites.

5. Critique de la décision
Points faibles ou controversés :

La complexité des exigences de notification peut être source de litiges fréquents.

L’invalidation de la clause de réception tacite pourrait être perçue comme limitant la souplesse contractuelle.

6. Accompagnement juridique
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Cass 3 ème Civ 6 mai 2015 n°13-24.947

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